Le secteur de la santé à la rescousse de la jeunesse en détresse

La fermeture des établissements scolaires et la mise en place de l’enseignement à distance au cours de ces derniers mois ont chamboulé la vie des étudiants. Ces mesures, imposées en vue de limiter la propagation du virus, ont gravement affecté la santé mentale des jeunes. Témoins de leur profond mal-être, certains établissements de soins de santé initient des projets spécialement dédiés à cette cause. C’est le cas du Centre Hospitalier Universitaire Psychiatrique Mons-Borinage (CHUPMB).

Des signaux alarmants !

Depuis plusieurs mois, les écoliers et les étudiants (du primaire au supérieur) jonglent, en fonction de la situation épidémique, entre les cours en présentiel et en distanciel. Une situation inédite que certains d’entre eux ont du mal à supporter tant les contraintes de l’enseignement à distance sont nombreuses. Le manque d’outils et d’installations adéquats, les interactions rendues moins fluides avec le corps enseignant ou encore l’isolement sont quelques-unes des causes de la démotivation et du décrochage scolaire de certains étudiants. Sans oublier la restriction des contacts et la fermeture des lieux récréatifs. Les jeunes se sentent de plus en plus seuls et sans perspectives.

Les répercussions de la pandémie et des mesures restrictives qui l’accompagnent sur la santé mentale des jeunes sont désormais démontrées dans de nombreux rapports. Par exemple, la sixième enquête de santé COVID-19[1] de Sciensano rapporte que presque 7 jeunes sur 10 interrogés font état de problèmes d’anxiété/dépression au cours du mois de mars 2021. Ces résultats se traduisent sur le terrain par des unités de pédopsychiatrie et psychiatrie débordées. D’ailleurs, le Professeur Véronique Delvenne, Chef du service de Pédopsychiatrie à l’Hôpital universitaire des Enfants Reine Fabiola, en témoigne dans d’une récente interview accordée à BX1[2] : « À l’heure actuelle, la situation est certainement aussi critique dans les services de pédopsychiatrie que dans les unités de soins intensifs. Pour vous donner un chiffre […], aux urgences nous étions à peu près à 40-50 situations sur quatre mois. Aujourd’hui, nous sommes à 247 depuis le début du mois de décembre 2020, ce qui fait une hausse de 250% à peu près. »

Ces données alarmantes ont poussé certaines institutions de soins de santé à prendre des initiatives destinées à affronter cette problématique. Ainsi, outre la prise en charge médicale dédicacée, des services d’aide, de soutien et d’accompagnement spécifiques ont également été mis en place.

Bouée de sauvetage  

Le 10 mars dernier, le CHUPMB a annoncé la mise en place d’un tout nouveau service d’aide et d’écoute dédié aux étudiants. Alerté par ses réseaux de soins partenaires (service de santé mentale, médecins généralistes, etc.) l’établissement a décidé de créer le projet « Déter », adressé exclusivement aux étudiants âgés de 15 à 25 ans. « Ce sont les signalements de nos partenaires qui nous ont poussés à mettre en place ce projet, car ils ont perçu l’inquiétude grandissante des parents vis-à-vis des jeunes qui avaient de plus en plus tendance à s’isoler (par exemple) dans leur chambre. Par ailleurs, j’ai également eu un retour du Centre hospitalier Le Domaine qui faisait état d’une augmentation du nombre de consultations et d’hospitalisations pour les jeunes qui rencontraient déjà quelques difficultés. » détaille Antoine Pecher, coordinateur du projet « Déter ».

La Direction de l’établissement a donc missionné Antoine Pecher pour constituer une équipe de professionnels afin de partir à la rencontre des jeunes en difficulté. « L’équipe composée de personnel infirmier, de psychologues, d’assistants sociaux, d’ergothérapeutes et d’éducateurs réalise un travail d’écoute et de soutien téléphonique, mais également du présentiel. Cependant, nous ne proposons pas de suivi thérapeutique en tant que tel, mais nous orientons les bénéficiaires vers les services d’aide et de soins adéquats s’ils le demandent. »

Un mois après son lancement, le projet résonne déjà auprès du public cible et diverses demandes sont formulées auprès de l’équipe. « Les demandes qui arrivent émanent soit des jeunes eux-mêmes soit de leur entourage, comme leurs parents ou leurs médecins généralistes par exemple. » Et la nature des demandes varie d’un cas à l’autre. « Lorsque les demandes sont plutôt indéfinies, la prise en charge se base essentiellement sur de l’écoute et du soutien. Cependant, nous avons aussi des demandes plus particulières d’aide en termes de soutien financier ou d’orientation vers du soutien psychologique par exemple. »

Au cours des mois à venir, Antoine Pecher et son équipe ambitionnent d’élargir leur champ d’action en vue d’aider le plus d’étudiants possible « Nous avons déjà eu des contacts avec les hautes écoles et les universités de la région de Mons, mais nous souhaitons communiquer de manière plus régulière et plus constante afin de toucher un plus grand nombre d’étudiants. Nous avons commencé sans trop savoir à quoi nous attendre. Sur fonds propres, nous avons constitué une équipe assez minimaliste que l’on étoffera si besoin. Nous allons nous adapter en fonction des demandes et de la charge de travail. Notre but est de ne laisser aucune demande sans réponse. »

Pour finir, le porteur du projet souhaite faire passer un message fort quant à la situation que vivent les étudiants actuellement. Il leur laisse ainsi entendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’une main leur est tendue. « Trop souvent ces derniers temps, que ce soit dans les médias ou sur les réseaux sociaux, nous entendons que les jeunes se plaignent un peu trop, et une comparaison est souvent faite avec d’autres époques de notre histoire. En tant que soignants, ce que nous avons envie de dire, c’est qu’il n’y a pas de compétitions ! Les étudiants vivent des choses compliquées en lien avec l’époque qu’ils vivent… mais ils ont néanmoins l’envie de s’en sortir et nous avons envie de leur donner un petit coup de pouce pour les aider à y parvenir. »

La cellule « Déter » est accessible du lundi au vendredi, de 9h00 à 16h00 soit par téléphone au 0485 673 664 soit par mail à deter@hap.be et ce, jusqu’au mois de septembre 2021.

[1] Sciensano. (Avril 2021). Sixième enquête de santé COVID-19 : Résultats préliminaires. https://www.sciensano.be/sites/default/files/report6_covid-19his_fr_v2.pdf

[2] BX1. Émission « Toujours + d’Actu ». (16 avril 2021). https://bx1.be/radio-emission/toujours-dactu-16-04-2021/?theme=classic&fbclid=IwAR0KfX5ORmWHG1JqAn6EGwFHSG8RlnlK-DV3DXDmRgYxBfe9BjaW4MD-waU

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